Est-ce naïf?—Je ne crois pas qu'on se soit moqué jamais plus tranquillement de soi-même, ni qu'on ait protesté d'une plus sainte façon.

Le même peintre religieux qui signe: L. Tremblay, l'un des réprouvés, auteur de sainte Eugénie, qui compte huit années d'exposition, cite à l'appui de ses arguments, «le doux philosophe, le sage aimable, saint François de Sales, que notre Henri IV aimait tendrement.»—Ah!... donnez-moi un peu de fleur d'oranger....

Comme on va tout de suite se rendre au langage couleur café au lait, et à la raison couleur cuisse de nymphe de ce pauvre réprouvé M. Tremblay.

Je viens d'apprendre que M. C. Brun, dont j'ai cité un si risible alinéa à la fin de mon troisième chapitre, est encore un peintre.

Ah! tant pis! je ne renoncerai pas non plus; j'écrirai aussi,—pas comme les peintres;—je les citerai, je leur montrerai à eux-mêmes qu'il vaut mieux qu'ils expriment leurs idées par leurs tableaux, et que la peinture est bien leur langue, comme disait M. Millet.

M. A. Gautier—lui aussi!—a écrit, dans le journal l'Exposition, une longue lettre à M. Ch. Monselet; mais, comme elle ne concerne que M. A. Gautier, je ne suis pas assez indiscret pour la citer; je me contente d'en extraire ce petit passage:

«Si tu es friand d'entendre des choses singulières,
retourne au Salon des proscrits, tu surprendras parfois des
homme bien réfléchis qui le quittent en soupirant

Si ces mots «des hommes bien réfléchis» ne s'appliquent pas spécialement aux peintres refusés, le dernier mot, le dernier soupir doit faire bien réfléchir le jury.

Comme les peintres sont moraux et religieux! Comme ils parlent du bon Dieu, des saints et de la vertu avec complaisance! (Revoir les lettres des peintres, que j'ai citées). M. Amand Gautier insiste aussi sur la haute moralité de son tableau, la Femme adultère, exposé dans le purgatoire, dit-il.

Qui diable se serait avisé d'aller trouver de la morale dans ce tableau, si ce n'est son auteur?