Tous ces paysages sont bien.—Pas un ne ressort absolument. C'est du talent ordinaire, mais c'est du talent.—On n'a pas le droit de repousser le talent, même quand on n'en a pas. Plusieurs des auteurs de ces tableaux sont à la fois admis et refusés et figurent aux deux expositions. Presque tous ont deux ou trois peintures à la Contre-Exposition; je n'ai cité que les meilleures.

Deux autres peintres très-connus, MM. Jongkind et Eugène Lavielle, qui, lui, ne s'est pas fait inscrire dans le catalogue, ont eu de charmants paysages renversés, mais non tués,—au contraire,—sous le jury.

Quelques affreuses choses, le Portrait de M. F., par M. Tichit; la Femme adultère, par M. Hébert; la Fête romaine sous Pompée, par M. Navlet; un hideux fouillis sur faïence par M. Rocques, qui ne s'est pas assez caché, et le Portrait de M. Dambry, inventeur de la capsule dite tire-feu,—(remarquez l'invention, je vous prie),—sont les dernières peintures qui m'aient arrêté à cause de leur tristesse ou de leur comique involontaire.

Madame Pauline Viancin, dont le nom manque dans le catalogue, a fait un très-joli portrait au pastel.

M. Tournayre est auteur d'un beau paysage au fusain. Un dessin de M. Saint-François, la Fièvre, est des plus remarquables: un cadavre en délire se relève dans ses draps sur un grabat; ses crispations, sa maigreur en sueur, les effets d'ombre et de lumière sont arrachés à la nature fantastique. C'est admirable.

La Promenade près le canal, pastel, par M. Morel-Lamy, et une Plage, aquarelle, par M. Laurens, tous deux déjà nommés; le Naufrage de la Méduse, d'après Géricault, fusain par M. Eustache (non inscrit); des fleurs et des fruits au pastel sont à citer.

M. Frédérick Junker, qui n'est pas sans habileté, a voulu faire de l'esprit. Il a représenté le livre des Misérables ouvert à la page où Cambronne répond si énergiquement aux Anglais qui le somment de se rendre. Un morceau de sucre brûle sur une pelle pour ôter l'odeur et mieux faire sentir l'intention du dessinateur, qui a appelé cette mauvaise plaisanterie: le Dernier mot du réalisme.

GRAVURE

M. Bracquemond, un des meilleurs aqua-fortistes, un des artistes qui se sont le plus distingués dans la magnifique galerie de M. Cadart, a laissé au salon des Refusés un superbe portrait d'Érasme, d'après Holbein, eau-forte commandée par le ministère d'État, et un Tournoi, d'après Rubens, gravure commandée par l'administration des Musées pour la calcographie.

Il paraît que le jury n'est pas d'accord avec cette administration, ni avec le ministère d'État.