M. Léopold Desbrosses a une belle eau-forte: Waterloo; épisode du chemin creux d'Ohain.
«L'instant fut épouvantable. Le ravin était là, inattendu, béant, à pic sous les pieds des chevaux, profond de deux toises entre son double talus. Le second rang y poussa le premier et le troisième y poussa le second; les chevaux se dressaient, se rejetaient en arrière, tombaient sur la croupe, glissaient les quatre pieds en l'air, pilant et bouleversant les cavaliers..., et quand cette fosse fut pleine d'hommes vivants, on marcha dessus, et le reste passa.»
Ces lignes expressives ont été comprises et rendues par M. Desbrosses.
Il faut encore signaler les gravures espagnoles de M. Manet: le Martyre de Saint-Barthelemy, d'après Ribeira, par M. Masson; une Tête, d'après Jean Bellin, par M. Balleroy, Refusé craintif dont le catalogue ne parle pas; enfin les Folles de la Salpétrière qui représentent une Sortie de sœurs de charité; les Bords de l'Oise, d'après Daubigny—(on voit une grange),—et divers croquis par M. Amand Gautier.
SCULPTURE
Mon opinion est que la sculpture est en déroute. Cela s'explique parce qu'il faut être savant pour être sculpteur, et que pour un art manuel, on rechigne à se bourrer d'études littéraires et scientifiques. La statuaire ne doit représenter que la beauté pure, correcte et nue, froide et sans défaut comme la matière qu'elle emploie.—La statuaire, c'est la mythologie, c'est l'antiquité. Malgré les vigoureuses œuvres d'un des derniers sculpteurs de génie que nous ayons eu, Rude, je trouve absolument contraire à la statuaire, nos paletots, les habits de nos généraux et leurs chapeaux. Les riches et mâles costumes des guerriers de Louis XIII et de Louis XIV même luttent mal en marbre avec les draperies et surtout avec la nudité païenne.
Le réalisme ne peut pas être aussi heureux en statuaire qu'en peinture. Il fait trop d'efforts, d'efforts inutiles.
Une des plus hardies statues dans toute l'Exposition, est celle de l'Ignorance qu'on a refusée. Je n'ai pu découvrir le nom de l'auteur.
Un nègre herculéen est rivé à la glèbe. Sans même essayer de tout briser en détendant ses gros muscles, il s'allonge à terre en beuglant comme un animal qui hume l'air. La stupidité puissante, énorme, musculaire est parfaitement exprimée, et il y a une grande vigueur dans l'exécution.
La Panthère de Java guettant des petits lapins, par M. Delabrière, est un joli plâtre.