M. Leclerc a un médaillon à l'Exposition des Reçus et un buste bien ébauché à celle des Refusés.

Le buste de M. J.-S. de G., par M. Matabon, est très-soigné; il n'a rien d'audacieux, il ressemble au roi Victor-Emmanuel, il est convenable de tous les côtés. Quoi ou qui diantre à pu le faire refuser?

M. Auguste-Flavien Poitevin, fils de l'auteur du Vengeur, avait envoyé au Jury un modèle en plâtre d'un Christ.—Pas une raison de refus ne peut se découvrir.—M. Poitevin fils a reçu et reçoit encore de son père les meilleures leçons de sculpture. Il en a donné la preuve en son Christ. On sent dans l'exécution une jeunesse qui n'exclut ni l'habileté ni la fermeté.

Le Naufragé, par M. Pètre; Diderot, par M. Lebœuf; des bustes, par MM. Durst, Virey et Alfred Michel, une Tête de cuirassier, sans nom d'auteur; la Famille Cabasson, très-spirituelle scène de saltimbanques qui font leur boniment, terre-cuite, par M. Eugène Decan, auraient on ne peut mieux figuré au milieu des œuvres de sculpture admises.

CONCLUSION

J'ai terminé la revue des peintres, sculpteurs, graveurs et dessinateurs Refusés contre tout droit et toute justice. Je ne crois avoir omis rien d'important.—Je n'ai pas voulu ne parler que des œuvres dont l'exécution ordinaire, mais complètement satisfaisante, sautait aux yeux de tout le monde. J'ai cité hautement les peintures trop rares où la hardiesse et l'originalité se laissent entrevoir. J'ai signalé et classé les mauvais tableaux, les croûtes et leurs auteurs, et je n'ai pas cessé de prendre, le plus franchement du monde, la défense des peintres,—tout en leur disant ce que je crois être leurs vérités,—contre la niaiserie du public et des critiques d'art, et contre l'arbitraire du jury.

Je répète qu'il est honteux et absurde d'avoir rejeté les tableaux de MM. Whistler, Colin, Chintreuil, Gautier, Briguiboul, Pinkras, Pipard et autres que j'ai déjà plusieurs fois nommés. La surabondance des beaux paysages et des nature-morte, dignes de maîtres, révolte aussi contre leur rejet.

Ces refus sont une condamnation à mort du jury. Tous les vrais artistes demandent l'exposition libre et la suppression de toute espèce de censure ou de commission d'examen.—Ils l'auront,—nous l'aurons!

Nous avons encore bien des reproches à faire au jury. Pour se donner des airs de raison, n'avait-il pas, l'espiègle! poussé la malignité jusqu'à donner les places les plus en vue et les meilleures aux plus détestables, risibles et primitives peintures que les garçons d'administration et de bureau auraient refusées aussi, mais moins sérieusement, moins solennellement que l'Institut.

Un fait encore grave, c'est que les refuseurs appliquent maintenant, au lieu d'une simple marque à la craie, un R. ineffaçable sur la toile même des tableaux qui ne leur plaisent pas. De sorte que les peintres sont obligés de faire rentoiler leurs œuvres à grands frais pour pouvoir les vendre aux amateurs et bourgeois que le stigmate effraye et qui croient au jury. Je ne suis pas trop sensible et je ne m'attendris pas facilement sur le sort des pauvres artistes, mais c'est outre-passer le droit que de les marquer.