Mais je ne veux pas devenir critique d'art.

Ah! les critiques d'art!

Voilà, voilà, voilà!
Le vrai critique d'art français.

Le fameux critique influent au gilet blanc, celui-là même qui se groupait dans les foyers de théâtre, les soirs de première représentation, et qui protégeait si solennellement les auteurs dramatiques et les acteurs, n'est rien auprès du critique d'art.

Le critique d'art a une importance qu'il ne cherche pas à dissimuler. Cette importance est basée sur sa science. C'est lui qui a fait des découvertes d'esthétique, de Svedenborgisme, de philosophie et de spiritisme dans les paysages et dans les tableaux. Jusqu'alors on n'avait trouvé dans la peinture que la représentation des objets plus ou moins réussie. Le critique d'art est enfin venu, armé de gros tomes, et il a démontré aux peintres que les diverses écoles de philosophie allemande, n'étaient pas du tout étrangères à la peinture. Kant, Leibnitz, Spinosa, Hégel, Schelling, Fichte, Richter, Grimm, Locke, Condillac et Denis Diderot, Svedenborg et Saint Martin font bien dans le paysage et les critiques d'art, qui sont leurs interprètes pour les peintres, les ont barbouilles de vermillon et de jaune de chrome et ont puissamment prouvé la nécessité absolue de leur incarnation dans la peinture à l'huile. Avant le critique d'art, on ne savait que voir la peinture, on ne savait pas la lire. Actuellement, grâce aux critiques d'art, les peintres mieux renseignés, remplissent leurs paysages et leurs portraits d'esthétique et de svedenborgisme. Heureux qui peut entendre un paysagiste approfondir les questions d'objectif et de subjectif, de sensualisme, de matérialisme et de spiritisme, et résoudre le problème des trois corps, d'après le fameux marquis de Condorcet.

J'ai eu la chance de me trouver dans une société de peintres et de critiques d'art, brasserie allemande, où l'on discutait fortement, à propos de la dernière exposition de tableaux et de celles de Courbet, sur la définition de la substance. Les peintres, en méditant le fameux Enterrement d'Ornans du maître-peintre, inclinaient d'abord pour le cartésianisme, puis, définissant la substance, ils la considéraient comme purement passive et invoquaient à l'appui de leur dissertation Mallebranche, Descartes et Spinosa. A la seconde tournée de canettes, les critiques d'art ramenèrent avec un grand bonheur d'expressions les peintres aux monades et à une harmonie préétablie qui expliquait tout.

Le critique d'art a rendu le peintre plus bête qu'il n'était,—plus que la nature,—presque autant que lui.

Il est la cause de la classification des peintres qui donnera une si rude besogne aux professeurs du Muséum:

Les peintres, désormais, rangés sur une liste,
Seront étiquetés par un naturaliste.