Ils se font des têtes, ce qui serait excusable s'ils pouvaient comprendre l'insuffisance de celles que la nature leur a faites; mais non, ce n'est qu'une prétention bête: ils veulent attirer les regards des bourgeois, dans les estaminets.


Pour se faire de grands fronts, ils rejettent leurs longs cheveux en arrière, les ébouriffent ou les collent derrière l'oreille, les séparent par une raie au milieu de la tête ou les portent à la mal-content, en laissant alors croître leur barbe, qu'ils taillent avec le même art.


Une remarque bizarre résulte de leur examen. Au bout de peu de temps, l'intimité leur donne à tous la même voix, les mêmes gestes, les mêmes paroles, la même démarche.


Si l'un d'eux s'accoutre d'une façon, deux jours après le camarade est affublé pareillement.—Les paletots-sacs et les feutres à larges bords sont de leur goût: ça a du chic ou du caractère, disent-ils.


Mais le plus souvent on les voit passer dans le quartier ou s'attabler dans les cafés, habillés de pantalons à pied à larges carreaux, de vareuses rouges et coiffés de chapeaux de paille, de bérets, ou plus simplement tête nue.