Ils partagent avec les acteurs la manie du tutoiement, et ce sont justement leurs propos qui provoquent dans l'homme les hauts-le-cœur les plus précipités.
Ils ne s'abordent jamais sans s'adresser cette phrase sacramentelle: «Bonjour, ma vieille, comment qu'ça te va?» Quelques mots d'argot étincellent maladroitement dans leur conversation. Mais voici un échantillon significatif, qui achèvera de donner une idée juste de leurs expressions:
Un soir, quelques-uns de ces messieurs étaient réunis dans un atelier. Un d'eux chanta une abominable niaiserie intitulée: le Voyage aérien. Le chanteur prenait des airs inspirés qui paraissaient émouvoir profondément l'auditoire. Quand il eut fini, tout le monde l'entoura, le félicita vivement; puis un peintre lui serra les deux mains en lui disant: «C'est égal, tu y as été de la larme.»
Leurs mœurs ne sont pas édifiantes. Leurs soirées se passent dans les bals de barrière ou dans les estaminets; leurs nuits, je ne peux pas dire où. Enfin ils emploient leurs jours à dormir, flâner, jouer au billard ou à l'impériale, à fumer et à boire et manger des poisons qui ne les tuent pas.
Leurs opinions artistiques et littéraires sont que M. Gustave Doré a un talent «épatant, «que M. Edmond About est «l'esprit français» en personne; que sais-je encore? Cela suffit.