—Ah! mon vieux, c’est une nouvelle, je ne la connais pas.

—Fais-la suivre par le garçon; il me faut son adresse demain... quarante sous pour Charles s’il m’indique son hôtel...

Alors, satisfait, ayant ainsi rempli avec minutie les différentes charges de sa profession, il revint prendre la Truphot et Médéric Boutorgne, tout en nouant autour de son cou un foulard de soie noire destiné à préserver son inestimable larynx contre la fraîcheur sournoise de la nuit. On sortit et, dans le fiacre qui les véhiculait tous trois, Boutorgne surexcité par la pensée que cette soirée allait enfin marquer pour lui le premier effort, le premier raid vers la fortune, puisqu’il allait œuvrer sur la Truphot, Boutorgne commentait infatigablement le talent du grimacier qui, trop loin du commun, insensible à ces basses louanges, remerciait à peine d’un léger signe de tête. La veuve, assise aux côtés de Glaviot, lui parlait à l’oreille et tous deux riaient de temps en temps, sur un mode discret, pendant que le gendelettre disert, accroché au strapontin, maintenait, avec difficulté, à chaque cahot de la voiture, l’équilibre de son discours et de son individu.

Dix minutes plus tard, le pître et Madame Truphot cynique s’engouffraient de compagnie dans l’appartement de la rue d’Assas, après avoir refermé la porte au nez de Médéric Boutorgne, non sans l’avoir gratifié, au préalable, de deux vigoureuses poignées de main et d’effusions congédiales.

—Au revoir, cher, et à demain. Merci encore de nous avoir accompagnés; avez-vous des allumettes pour redescendre?

Et resté coi, sa poitrine de poulet menaçant d’éclater dans une hypertrophie de stupéfaction, Boutorgne adhérait au paillasson sans même pouvoir exprimer sa juste indignation en termes littéraires.

—Ah! mince! Ah! mince!... répétait-il, sans se lasser, incapable de trouver autre chose.


IV