—Tenez! dit-il quand il eut fini... Goûtez-moi l'objet. C'est fameux!...
Charlie aspira à l'aide d'une paille la boisson:
—Pas mauvais!... Pas mauvais!
Ils s'étaient rassis l'un à côté de l'autre, sirotaient leurs flips en silence.
—Ah! et puis il y avait aussi à dîner un de vos amis! s'écria tout à coup Marroy... Il y avait Favierres, Vincent Favierres, le compositeur...
Charlie rougit un peu et riposta, le nez dans son verre:
—Mon ami!... Mon ami!... Vous allez trop loin. Quelqu'un que je vois tous les trente-six du mois et qui est brouillé avec ma famille!... Non, ce n'est pas mon ami!...
—Ah! bien, c'est moi que cela ne gênerait pas qu'un Monsieur fût brouillé avec ma famille, si cela me plaisait de le voir! prononça Alain Marroy qui ne savait pas exactement où, ni comment, ni dans quelles conditions, ou rares ou fréquentes, Charlie et Favierres se rencontraient... Ah bien! non, par exemple!... Il n'existe déjà pas tant de gens fréquentables pour qu'on se prive de ceux avec qui on a du plaisir à frayer... Et celui-là, tenez, me paraît assez gentil, assez délicat... sympathique enfin.
—Vous trouvez? fit Charlie, ressentant au cœur comme une rapide caresse de joie.
—Oui, oui, je trouve! mâchonna indulgemment Marroy entre ses longues dents blanches... C'est du moins l'impression qu'il m'a faite... Un peu raseur peut-être... un peu trop sentimental à mon goût... un peu troubadour!... Mais quoi! chaque âge a ses plaisirs!... Et, pour un homme de cinquante ans, il est vraiment très supportable...