Charlie répliqua en se contraignant à sourire:
—Je le supporte très bien, je vous assure, mon cher...
—Vous êtes fâché? fit Marroy ouvrant des yeux tout étonnés... Vous êtes fâché?... Ah! ça, c'est trop fort!... Qu'est-ce que vous vouliez donc que je dise de votre ami?... Je dis ce que j'en pense... Du reste cela ne compte pas... Je le connais à peine... Je ne l'ai vu qu'une fois... C'est une impression vague...
Et, pour détourner, il ajouta:
—Si vous me lisiez un peu de votre Hypatia, hein! Qu'est-ce que vous en diriez?
—Je veux bien! fit Charlie en tirant de son tiroir un manuscrit. Je vais vous lire le dernier chapitre, le chapitre du massacre... C'est celui que je préfère...
Et il se mit à lire. Marroy, aux passages heureusement venus, marmonnait des approbations douces, tranquilles, des: «Bon, ça, très bon!»—du même genre que celles dont il eût honoré un cocktail d'invention habile ou une gravure de tirage unique; car l'enthousiasme, les cris élogieux lui paraissaient des manifestations puériles, vulgaires, et, tout se valant ici-bas, il n'y avait pas à s'exclamer davantage pour un harmonieux morceau de littérature que pour un dessin rare ou une boisson savoureuse.
—Tout à fait bon! prononça-t-il lorsque Charlie se tut. De l'émotion, des idées, et puis un style plastique qui tombe bien, avec de beaux plis, un style tunique... Je suis très content... très... très...
Puis, pendant que Charlie rangeait ses papiers, Marroy saisit un journal et l'élevant, les bras tendus, à hauteur de ses yeux, ainsi qu'un morceau d'étoffe, il se mit à le parcourir.
—Non, sont-ils bêtes! sont-ils bêtes! grommelait-il.