Car en cette voiture, ceux qui avaient baissé les stores, ceux qui se cachaient tellement, c'était une jolie dame à frisons argentés, à gracieux visage de marquise d'antan, c'était un monsieur mûr, à cheveux blancs également, à tournure militaire, et dont la cravate blanche tranchait sur le paletot; c'étaient, assis côte à côte, dans l'ombre rose des stores, Mme Lahonce, sa mère et son ami Favierres.
Ils se tenaient immobiles, écartés vivement l'un de l'autre, la bouche toute de travers pour tenter de sourire, les traits sabrés, démolis d'effroi. Et en voyant l'expression égarée, hébétée de leurs deux regards qui le fixaient vaguement comme un spectre de mort, Charlie sentit ses yeux se charger d'un pareil glacis d'épouvante.
Il n'osait bouger, interroger, saluer,—ni leur rien demander, ni leur tendre la main. Il ne pouvait que demeurer là, les contempler là, en silence. Comme eux, plus qu'eux, il avait peur.
Enfin Mme Lahonce balbutia, tandis que Favierres descendait en s'appuyant à la portière:
—D'où venais-tu, mon enfant?... Est-ce que tu rentres à la maison?
Ses yeux, à l'éclat diffus, incertain, semblaient comme fêlés, griffés, déchirés par l'angoisse; et ses lèvres pâlies qui s'obstinaient à feindre le sourire, restaient seulement tirés en une oblique grimace de douleur.
Charlie répliqua:
—Oui, je rentre... Je rentrais...
Mme Lahonce poursuivit d'une voix qu'elle rendait exprès nonchalante, pour en dissimuler les halètements briseurs:
—Eh bien, je vais te ramener... J'avais rencontré Fa...