—Ah! oui, c'est vrai! fit Mme Lahonce en s'écartant un peu de Charlie, l'air songeur, les deux mains posées aux hautes épaules de son fils.
Il allait à Neuilly!... Etait-ce donc peut-être qu'il n'avait pas deviné, qu'il ne devinait rien et qu'il la jugeait sans reproche?
D'un vif mouvement, elle redressa vers lui la tête, elle darda dans ses yeux un impérieux regard, un regard fouilleur, instinctif et qu'une flamme d'espoir intrépide avivait.
Mais brusquement Charlie s'était détourné d'elle, rougissant, tout gêné, incapable de feindre sous ce regard sincère qui réclamait la vérité, qui si bravement s'exposait.
Mme Lahonce implora:
—Charlie!...
Il ne répondait pas, ne trouvait quoi répondre. Elle ne se contint plus. Elle souffrait trop, depuis la veille, de cette incertitude muette et impatiente qui lui harponnait le cœur de questions continues. Elle s'écria au hasard, elle bredouilla d'une voix entrecoupée:
—Ecoute, Charlie!... Ecoute mon enfant!... A présent, nous n'avons pas le temps... A présent, ce n'est pas le moment... Mais aujourd'hui, ce soir ou demain, plus tard enfin, je désire que nous causions, je désire que nous ayons une conversation sérieuse... Tu comprends, mon enfant, hier il s'est passé un accident... un incident qui pourrait te faire croire des choses... des choses qui ne sont pas... Et cela, je ne le veux pas, tu entends, Charlie?... Je t'aime tant!... Tu sais, n'est-ce pas, comme je t'aime? Alors, si tu ne m'aimais plus, si pour une raison ou une autre, tu m'aimais moins, si tu... Oh!... oh!... Mon chéri, mon chéri!...
Elle éclatait en larmes, elle sanglotait, la tête contre la poitrine de son fils, tandis que de ses mains crispées, elle lui griffait les bras d'une emprise passionnée.
—Voyons, maman!... Voyons maman!... Mais c'est absurde!... protestait Charlie en l'embrassant au front, en embrassant doucement ses frisons argentés... Mais pourquoi t'aimerais-je moins?... Mais je t'adore!...