La porte cédait, s'ouvrait toute grande. Instinctivement le musicien et Charlie se regardèrent. La même pensée sans doute leur était à tous deux venue, le même souvenir peut-être: le souvenir d'une fraîche journée de novembre où derrière cette sale porte, comme disait Mme Favierres, des choses s'étaient passées que l'un savait, l'autre ignorait—des choses sûrement indécentes et coupables.
—Tu fumes, n'est-ce pas? dit Favierres qui fouillait activement dans un tiroir pour dissimuler son malaise.
Charlie prit le cigare que son ami lui offrait. Puis le maître ayant allumé sa grosse pipe en écume toute culottée de roux, ils descendirent le perron et s'assirent des deux côtés d'un petit guéridon de fer où le café était servi.
Mme Favierres tournait dans le jardin picorant à terre, comme une vieille poule, les brindilles de bois et les feuilles tombées qui jonchaient l'allée circulaire.
Et Charlie, de sa place, l'observait avec une sorte de pitié curieuse, ainsi que la veille, à table, il observait son père.
«Pauvre femme! songeait-il!... Pauvre vieille!... C'est l'autre... leur autre victime!... Elle a dû en voir de rudes, celle-là!»
Mais sur-le-champ, en un naïf regain d'orgueil filial:
«Peuh! tout de même... Il n'y a pas à dire... Maman est mieux, joliment mieux!...»
Et, pour rompre un peu le silence, il interrogea:
—Irez-vous à la première de Falstaff, Fav?