—Mon fils! chuchota Lahonce, avec un recul de la tête comme au choc d'une balle.

—Oui, votre fils que, pas plus tard que ce matin, j'ai rencontré avec Favierres à Neuilly... boulevard Inkermann... Et ce n'est pas la première fois... Toutes les fois que je reviens par là en bicyclette, je suis à peu près certain de les rencontrer ensemble...

Lahonce balbutia d'une voix affaissée:

—Vous m'étonnez beaucoup... J'ignorais... oui, j'ignorais totalement...

Il y eut un silence prolongé, ce silence impartial et attentif dont les spectateurs d'une rixe accueillent l'assommade de l'un des combattants. On se taisait. On observait. On attendait. On laissait à Lahonce comme le loisir de se remettre. Excepté le baron Marroy, Vaumoise et Warner, personne ne possédait les motifs cachés de la querelle, mais chacun devinait que Lahonce venait de recevoir un dangereux coup, d'être touché grièvement. Et, dans cet intermède muet, on ne percevait plus que la voix anglaise de Luggatt, qui profitait de l'accalmie pour tourmenter Neulise, son voisin de table, pour lui enjoindre de dire le coq, le coq et pas le poule.

—Vous allez à Fontainebleau, demain? interrogea enfin le baron Marroy par dévouement amical, par intention de sauver le dîner d'un désastre.

Vaumoise, les regards vers son assiette, la lèvre pincée d'une petite plissure de triomphe, roulait, d'un geste nerveux, une boulette de mie de pain, sans répondre.

—Je vous demande si vous allez aux courses demain, Vaumoise? réitéra bravement le baron Marroy.

Vaumoise affecta de tressauter:

—Ah! c'est à moi que vous parliez?... Oui, j'irai... J'ai même sur la réunion quelques idées qui ne sont pas d'un imbécile, je crois... Je vous les communiquerai, si vous voulez.