Il déposait son chapeau, s'asseyait sur une chaise, au pied du lit, vis-à-vis, juste, du jeune homme.
—Là! fit-il... Prends ton temps... Nous ne sommes pas à une minute près et je désire que tu aies toute ta présence d'esprit pour notre petite conversation...
Charlie s'était dressé sur son séant, ramenait de la main ses cheveux blonds emmêlés, qui lui retombaient, en tignasse, entre les yeux:
—Qu'est-ce qu'il y a? dit-il... Je t'écoute...
Lahonce déclara d'un ton un peu embarrassé:
—Voici... Mais, avant tout, il est entendu, n'est-ce pas? que je suis ton ami, que, dans ce que je vais te dire, je ne souhaite que ton bien, ton bonheur, notre bonheur à tous... Et même si tu t'es trompé... si tu as commis une faute... une bêtise... une maladresse que tu ne devais pas faire... tu sais que tu peux avoir confiance dans mon pardon, dans mon affection...
—Mais oui, papa... Qu'est-ce qu'il y a? répliqua Charlie d'une voix impatiente, inquiète déjà, car il pressentait vaguement à quelle tragique «bêtise» se référaient ces minutieux préambules.
—Eh bien! voici! continua Lahonce... Ce soir au comité, au dîner du comité, quelqu'un m'a affirmé qu'il t'avait rencontré ce matin, qu'il t'avait rencontré plusieurs fois même avec Favierres... Est-ce vrai?...
—Mais je ne me rappelle pas! bredouillait Charlie d'un ton glacial... Je ne m'explique pas... Où m'a-t-on rencontré? Qui est-ce?...
—Allons, mon garçon, fit d'un air encourageant Lahonce... Réponds franchement... Bah! ce serait assez fâcheux, mais ce ne serait pas un crime... Tu es jeune... Tu ne connais pas la vie... Tu as très bien pu te laisser entraîner à fréquenter ce Monsieur, sans te rendre compte de la gravité de la chose... Seulement, tu comprends, il faut que je sache à quoi m'en tenir...