—Tu ne veux pas me les donner?... Tu es très décidé?

Charlie se taisait encore.

—Eh bien! prononça Lahonce ne se retenant plus, eh bien! je t'ordonne de me les remettre!... Je t'attends!... Donne!

Il allongeait la main. Charlie, avec un instinctif retrait du buste, balbutia:

—Je suis désolé... Impossible!... Je ne te remettrai rien. J'ai vingt-deux ans... Je ne suis plus un enfant... je ne suis pas un esclave et je ne tolérerai pas...

Lahonce eut un ricanement rauque:

—Ha! Ha!... Tu ne toléreras pas?... Ah çà! où te crois-tu donc?... Chez moi ou chez toi, hein?... Monsieur ne tolérera pas!... Ha!... Ha!... C'est inouï!...

Il se remettait à marcher en clamant plus haut:

—Suffit!... Cela suffit!... Je sais ce que je voulais savoir!... Tu revois ce Monsieur, malgré ce que je t'en ai raconté, cet individu que j'ai flanqué à la porte comme un chien et que je ne salue plus... Ah! c'est du beau!... Même, probablement que ta mère était au courant, t'approuvait!... Charmant!... Charmant!... J'ai une jolie famille!... Ma femme, mon fils, c'est complet!... Et depuis combien de temps ça dure-t-il, ces malpropretés?... Tu ne réponds pas?... Hé! suis-je bête!... Ça dure depuis toujours... Ça n'a jamais cessé!...

Charlie, sans protester, le regardait s'agiter, aller et venir,—refrénant de toute son énergie la meute des ripostes sacrilèges, des outrageantes répliques, qui aboyait en lui, voulait bondir, happer, déchirer l'agresseur. Oui, la guerre était déclarée. Charlie était d'un camp et son père de l'autre. Mais un scrupule dernier de respect filial retenait le jeune Lahonce d'user de représailles, de traiter en ennemi un ennemi pareil; et il se raidissait dans son mutisme comme dans une immatérielle armure, il parait chaque coup d'une parade de silence, il se crispait à ne pas lancer les phrases épouvantables que sa rage tout bas aiguisait.