Lahonce s'était arrêté, se versait un plein verre d'eau. Il l'avala à larges traits, et semblant se maîtriser:
—Ecoute, Charlie! dit-il... Tu m'as causé beaucoup de peine, un gros chagrin qui ne s'effacera pas de sitôt... Et l'humiliation que j'ai reçue ce soir en public ne compte pas pour moi... Ce qui me navre, c'est ce que m'a révélé sur tes sentiments à mon égard cette pénible découverte... Tu m'as fait ce qu'un fils peut faire de pis à son père... Tu t'es lié d'amitié avec un de mes ennemis... Tu l'as vu en cachette... Tu m'as abusé, trahi, et ceci pendant plusieurs années peut-être!... Mais je t'ai promis mon indulgence... Je n'ai qu'une parole et je tâcherai d'oublier... A une condition pourtant, à la condition que tu vas écrire à ce misérable pour rompre définitivement avec lui... Est-ce convenu?...
Il avait proféré cela d'une voix si abattue, si attristée, malgré les éclats de colère où elle se relevait par instants, que Charlie sentait au fond de lui-même comme un faible écho d'attendrissement s'éveiller à ce plaintif appel, comme une sorte de honte d'avoir tellement haï, pendant quelques moments, ce père qui l'aimait tant et pardonnait si vite.
—Eh bien? répéta Lahonce. Est-ce convenu?
Charlie répliqua sans le regarder:
—Oui... C'est convenu... J'écrirai!...
—Bien! fit Lahonce en lui tendant la main... Bien! Je te remercie... J'étais sûr de toi... Tu as été mal conseillé, mal inspiré... On a cherché à t'éloigner de moi... Mais cela n'a pas réussi... Nous revoilà amis, amis pour de bon, pour toujours, n'est-ce pas?
Charlie approuvait d'un hochement de tête.
—Embrasse-moi! fit Lahonce en se penchant vers lui.
Ils s'embrassèrent d'un baiser vigoureux. Lahonce se redressait en exhalant un soupir.