VII

Après un sommeil fiévreux, torturé de cauchemars confus et indicibles, Charlie s'était réveillé presque à l'aube, et depuis deux heures déjà, étendu sur le dos, les bras repliés en coussin sous la tête, dans le demi-jour doré qui filtrait par les rideaux disjoints, il rêvassait amèrement à la poignante scène de la nuit, aux moyens de calmer son père, d'éviter un divorce, un éclat scandaleux, de réparer tout le mal que, par emportement et par loyauté, par indépendance d'esprit et de cœur, il avait accompli la veille.

Il tâchait d'apaiser les inquiétudes qui le travaillaient, d'entrevoir d'heureuses solutions:

«Peuh! Cela s'arrangera peut-être!... Tout s'arrange!... Les drames, les catastrophes, c'est l'exception, c'est l'accident... C'est la ressource des tout jeunes gens ou des trop pauvres diables... A cinquante ans, quand on est riche, quand on est du monde, on ne refait pas son existence... On l'accepte comme elle est, on la maquille, on la recrépit, on la drogue... Mais on ne la recommence point!...»

Un bruit de pas dans le couloir lui fit froncer le sourcil. Les pas se rapprochaient, s'arrêtaient devant la porte; et on frappa:

—Qui est là? cria Charlie d'un ton surpris.

—C'est moi, Monsieur... Julien...

Le valet de chambre entrait, allait ouvrir les rideaux, puis, revenant près du lit, il tendit au jeune homme une enveloppe blanche, sans adresse:

—Une dame qui est en bas... qui m'a remis cette lettre pour Monsieur. Elle dit que c'est très pressé, qu'elle voudrait que Monsieur la reçoive tout de suite.