—Mais certainement, Monsieur. Comptez sur moi... Je ne bouge pas jusqu'à votre retour! fit Fornereau tendant à Charlie sa main inoccupée.

Le jeune Lahonce l'étreignait d'une courtoise pression de gratitude:

—Je vous remercie, docteur, de ce que vous avez fait... Je vous remercie de tout cœur!

Fornereau mima un geste sceptique, comme afin de répondre qu'il n'y avait pas de quoi. Et Charlie sortit en jetant un long coup d'œil d'adieu vers le cadavre à tête noire.


En bas, le fiacre à capote baissée, oublié par Warner, attendait devant la porte. Charlie y monta, redonna son adresse, et la voiture démarra.

«Allons! songeait-il, réfugié au plus sombre de la capote, allons, ce sera de nouvelles scènes... de nouvelles larmes à causer!... Comment vais-je m'y prendre?»

Mais il avait beau s'ingénier à découvrir des ruses de prologue, des phrases graduées, tous les amortisseurs stratagèmes qu'on emploie auprès des vivants avant de les placer en face du néant, de l'éternelle disparition d'un être qu'ils ont chéri,—ses recherches demeuraient vaines.

C'était vers lui-même au contraire, vers le drame, vers les épisodes précédents que ses réflexions convergeaient, s'aggloméraient dans une mêlée inextricable.

Il ne souffrait plus violemment d'une instinctive souffrance, comme tout à l'heure. Il avait plutôt une honte douloureuse, une confusion mortifiante, un écœurant dégoût de penser et d'agir, une écrasante incertitude.