Il comprenait bien qu'il était coupable et pourtant qu'il n'avait pas à lui seul tout fait.
Cette effroyable mort, il avait bien conscience d'en être un peu l'auteur, mais pas complètement, mais pas uniquement.
Certes, Lahonce aurait pu ne jamais rien apprendre, ou savoir et s'en consoler, ou aussi ne pas revenir, comme un taureau à l'assommade, s'exposer chez cette Warner au dernier coup de déception qui l'avait achevé.
La remarque d'Antoinette retraversa l'esprit de Charlie.
«C'est une calamité, une guigne!»
Oui; cependant la guigne ici n'eût pas suffi. Sans la trahison triple de sa femme, de son fils, de sa maîtresse, Lahonce réchappait. Et alors que conclure? Charlie, découragé, s'y perdait.
Où était donc le vrai et où était le faux? Était-ce donc le mal que d'avoir obéi à ce que lui ordonnaient sa raison et son cœur, d'avoir osé se conduire avec sincérité, malgré les conventions et malgré le danger? Peut-être!
La voiture passait juste devant un bureau de tramways. Des familles groupées stationnaient alentour. Charlie regarda machinalement. Appuyé contre un arbre, un ouvrier en blouse portait à califourchon, sur ses épaules, son petit garçon qui lui tambourinait joyeusement sur le crâne; et, au bord du trottoir, un autre père, un bourgeois, tenait des deux mains ses fils, deux collégiens à la mine ennuyée mais affectueuse, patiente, et il leur souriait en parlant.
«Voilà, pensa mélancoliquement Charlie... J'aurais dû être comme ces petits, j'aurais dû par-dessus tout adorer et servir mon père... Il faut faire comme tout le monde... C'est encore le plus simple, le plus moral probablement!...»
Puis il murmura ainsi qu'un verdict final, une décision qui le condamnait: