—Un instant, grand-père... Assieds-toi... Ne t'effraie pas... Je viens précisément de voir papa... Il n'est pas très bien...

Et tandis que M. Brodin s'asseyait, Charlie, mot par mot, retenant les aveux, se les faisant réclamer, arracher progressivement, raconta tout jusqu'à la mort.

M. Brodin l'écoutait, dans une exaltation de curiosité, d'angoisse, l'activant lorsqu'il s'arrêtait; et quand Charlie parvint aux derniers moments de Lahonce, le vieillard commença à pleurer. Il balbutiait, la main contre ses yeux:

—Oh! le pauvre garçon!... Ce pauvre Pierre!...

Et des larmes surgonflées, de grosses larmes ternes de vieux homme, descendaient goutte à goutte au-dessous de sa main, se coulaient dans sa barbe où elles brillaient un peu parmi les poils.

Charlie s'était tu. M. Brodin demeurait le coude au dos d'une chaise, dans son attitude d'affliction modeste. Il réfléchissait.

A son réel chagrin, des soucis mondains s'ajoutaient. Le scandale d'une telle mort en un tel lieu le confondait. Non, cela dépassait comme immoralité, comme outrage aux bonnes mœurs, comme forfait contre la famille, tout ce que sa maniaque sagacité avait jamais imaginé!

Et, subitement, il ne se domina plus, il dut évacuer toute cette indignation qui fermentait au dedans de lui. Il clama en se levant, en se remettant à marcher:

—Et chez sa maîtresse!... Et chez une Mademoiselle Warner!... Oh!... Oh!... Le malheureux!... Oh!... Oh!... Oh!...

Pourtant il se maîtrisait et, stoppant vis-à-vis de Charlie: