—Je vais aller avertir ta mère, dit-il sévèrement. Toi, reste là... Ce sera plus convenable... Et puis, je présume que ce que je lui communiquerai ne te serait pas très agréable à entendre... Tu as eu en tout ceci un rôle assez... assez fâcheux, pour ne pas dire plus... Mais je ne tiens pas à t'accabler aujourd'hui... Nous recauserons plus tard... Pour le moment, attends-moi... Tu iras voir ta mère lorsque j'en serai revenu...
Et il gagna la porte en maugréant, avec un continu hochement de tête:
—Chez une Mademoiselle Warner!!!... Oh!... Oh!...
Il reparut au bout d'un quart d'heure, l'air plus offusqué, plus abattu qu'au départ, et sèchement, il commanda:
—Descends chez ta mère... Elle est informée... Tu remonteras aussitôt... Nous n'avons pas une minute à perdre pour régler les funérailles... Va!...
Charlie sortit docilement. Il descendit un étage et frappa à la porte de sa mère. On ne répondait pas. Il ouvrit.
Agenouillée sur une chaise basse, la tête dans ses mains, Mme Lahonce paraissait prier. Elle se redressa au bruit. Son visage, aux sourcils froncés, n'exprimait ni la désolation ni le recueillement. Ses yeux étaient secs, résolus, sans trace de larmes ou de défaillance. Elle avait sa farouche figure de dédain mauvais, d'agacement, celle que, dans leurs rares discussions, Lahonce appelait sa figure d'hyène; et, à la voir, on devinait que l'entretien avec M. Brodin s'était passé en violentes et rancunières querelles.
Hélène quittait la chaise, marchait vers Charlie, s'astreignant à déguiser sous un air attristé la colère dont elle pantelait encore; et, attirant son fils, elle murmura:
—Embrasse-moi, Charlie! Quel malheur pour lui, pour nous! Quelle affreuse mort!...