Ils s'embrassèrent longuement. Puis Mme Lahonce, d'un ton inassuré, comme récitant une leçon imposée, déclara:
—Ton grand-père m'a tout raconté, mon enfant... Tu trouveras, à la rigueur, que ce n'est pas à moi de te sermonner... Mais tu as commis là une faute impardonnable... Ton père t'aimait profondément... Il ne méritait pas tant de dureté de ta part...
Charlie bredouillait timidement:
—Je sais, Maman... Je ne croyais pas si mal faire!...
Il s'arrêta. Mme Lahonce aussi se taisait et, à la dérobée, elle contemplait son fils. La même complicité leur verrouillait la bouche. Femme adultère, fils adultère, pareillement souillés d'un même méfait secret, qui des deux pouvait donc blâmer l'autre ou se plaindre, qui aurait la grotesque audace de s'ériger en juge de l'autre? Et comme malgré elle, rejetant cette barre de gêne, s'excusant de ce mutisme forcé, Mme Lahonce balbutia:
—Oui, Charlie... Nous sommes bien coupables tous les deux!... Nous avons eu de grands torts!...
Elle avait des deux mains agrafé les bras de Charlie, et, se reposant sur lui, elle ajouta d'un ton vraiment contrit, d'un ton ému de morne confession:
—J'ignore ce qu'il t'a dit de moi cette nuit, pendant cette scène... Mais, si atroce que ce soit, il était presque dans son droit, le pauvre homme... Je ne l'ai pas rendu heureux!... Et il ne m'avait rien fait, je n'avais rien à lui reprocher... non, rien, sinon que je ne l'aimais plus...
Un bref sanglot lui coupa la voix, ses joues frissonnèrent sous l'impulsion des larmes, et avec une ferveur d'inquiétude, en se rapprochant de son fils:
—Ecoute, mon enfant... Je t'en prie... Dis-moi ce qu'il t'a dit... Je veux tout savoir!... Dis-moi tout!...