Brusquement le musicien avait quitté son siège, et, au même instant, le jeune Lahonce parut sur le perron.
Il tenait à la main son chapeau de paille noire; et ses sombres et mats vêtements de deuil le grandissaient, l'affinaient davantage, semblaient faire plus pâle sa mince figure hautaine, sous l'épais encadrement de ses cheveux dorés.
—Bonjour, mon petit! balbutia Favierres en lui serrant les mains... Tu sais si je suis heureux de te voir! Nous avons tous les deux pris une sincère part...
Mme Favierres lui coupa la parole:
—Oui, je l'ai déjà dit à M. Charlie... Il m'a répliqué qu'il serait venu plus tôt si des tas d'affaires de famille ne l'avaient pas retenu... Et je lui ai répondu que nous nous en doutions bien, que nous n'avions pas songé à lui en vouloir une minute, n'est-ce pas, Vincent?...
Elle clignait de l'œil d'un air d'indulgence, comme pour calmer son mari, éviter à Charlie une scène de reproches.
—Certainement! fit Favierres, ripostant par un regard vexé, un impérieux regard d'injonction au silence.
Mais la petite femme se détournait, affectant de ne pas saisir, et sitôt qu'on se fut assis, elle repartit en une série de nouvelles condoléances, tellement diverses et abondantes, proférées d'une voix tellement dolente et candide, qu'il était impossible de discerner si elle parlait tant par malice narquoise ou par tristesse vraie.
—Oh! oui, disait-elle... Nous vous plaignions beaucoup... Ces morts subites, ça vous frappe comme la foudre... C'est épouvantable... Moi, j'ai continuellement peur de mourir de cette façon-là... Et madame votre mère comment a-t-elle supporté ce malheur?... Et votre pauvre grand-père?... Tenez, celui-là, je n'ai pas cessé de penser à lui...
Charlie, de son mieux, fournissait la réplique, glissait des monosyllabes approbateurs dans l'interstice de ces questions accumulées, de ces exclamations.