Enfin elle s'arrêta. Favierres essaya de la remplacer, de prononcer à son tour quelques paroles de sympathie. Il n'avait pas sa verve compatissante. Il s'enchevêtrait, cherchait ses mots et la conversation languissait, épuisée. Alors Mme Favierres se leva et rangeant sa chaise:
—Vous me pardonnez, monsieur Charlie? dit-elle... Mon potager me réclame!
—Faites donc, madame! murmura le jeune homme.
Ils la regardèrent s'éloigner vers le fond du jardin. Elle était arrivée dans le potager et, son vaste chapeau de paille grossière rabattu sur les yeux, elle s'agenouillait comme une femme des champs, pour gratter la terre, sarcler les sillons, arracher d'invisibles herbes.
Charlie prononça à mi-voix:
—Vous êtes étonné, Fav, de me revoir ici?... Avouez-le!...
—Assurément! fit le musicien d'un ton ému... Après ce que m'avait dit ta mère, après la commission dont tu l'avais chargée auprès de moi, je ne m'attendais plus à ta visite...
Il y eut un temps. Charlie se recueillait. Favierres revoyait donc sa mère! Il en était bien sûr. Et toutefois, de le savoir positivement, d'entendre matériellement confirmer ses soupçons, cela l'avait un peu troublé. Il poursuivit encore à mi-voix, par crainte de Mme Favierres:
—Nous partons ce soir pour les Chaumettes avec mon grand-père... Nous y resterons trois mois et je désirais ne pas partir avant de vous avoir dit adieu, puisque, jusqu'à présent, je n'ai pas eu le temps de vous rendre cette dernière visite...
—Le temps? grommela sceptiquement Favierres.