Favierres répliqua doucement:
—Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit, Charlie... Je serais navré d'avoir rien que l'apparence de vouloir t'influencer!... Je ne t'ai même pas parlé du chagrin que j'aurai de ne plus te revoir... Je t'ai laissé libre, je n'ai nullement pesé sur toi, j'ai entièrement respecté tes scrupules... Tu me rendras bien cette justice, mon petit?
Charlie se levait:
—Oui, Fav, c'est vrai!... Je verrai!... Je réfléchirai?... Je vous jure que cela me déchire le cœur de vous dire adieu... Mais c'est un sacrifice qu'il faut que je m'impose... que j'ai mérité de m'imposer... Adieu!...
—Adieu, mon petit! fit le compositeur en lui serrant la main d'une vigoureuse étreinte... C'est cela... Tu réfléchiras!...
Ils s'acheminèrent silencieusement du côté du potager, et Charlie ayant salué Mme Favierres qui renouvelait ses condoléances en se redressant, ils gagnèrent la grille de l'entrée.
Sur le pas de la porte, ils restèrent une minute la main dans la main. A travers ses gants, Charlie sentait brûler la paume fiévreuse de Favierres.
—Alors, adieu, peut-être, mon petit! dit le musicien d'une voix altérée... Ne m'oublie pas trop, hein?... Rappelle-toi quelquefois ton ami Fav!...
Charlie susurra simplement, incapable d'en proférer plus:
—Adieu, Fav!