Il avait grimpé dans le fiacre ouvert qui l'attendait devant la porte.

Il éprouva comme un coup de dague au cœur, lorsque la voiture tourna l'angle du boulevard Bineau. Ainsi c'était fini! Tout cet édifice charmant d'amitié clandestine, qui avait résisté pendant de si longues années, venait d'un coup de s'effondrer à jamais.

Charlie, malgré lui, ne pouvait y croire.

Par delà les mois, les années, il entrevoyait, dans une allégorie d'espoir, comme sur une enseigne, sa main rejoindre la main, aux grosses veines, de Favierres.

Il se demandait si l'élan de tendresse qui, jadis, l'avait ramené chez son ami, ne l'y ramènerait pas encore.

Il invoquait tout bas l'instinct libérateur des préjugés—non pas l'instinct cruel que lui vantait Favierres, marchant aveuglément dans la nuit des brutaux désirs, mais celui dont naguère il s'était inspiré, cet instinct perspicace, paisible et généreux que la raison renforce et que les idées dirigent.

Puis soudain l'image se précisa. Charlie se vit, par un même limpide jour de printemps ou d'été, en vêtements gais et clairs, accourant chez Favierres, se jetant dans ses bras, lui annonçant la fin des jours mauvais d'expiation.

Et il souriait vaguement à cette vision lointaine qui semblait peu à peu se rapprocher de lui.

FIN