Dehors, il appela un fiacre:
—108, rue de Lisbonne... Et bon train, n'est-ce pas?
Il avait son idée—une idée machinale et alléchée, une idée appâtée par le parfum d'adultère possible, d'adultère avéré qu'exhalait pour ses narines exercées la lettre ambiguë de Lahonce.
Il voulait tout de suite voir, savoir, se mettre au courant,—se rassurer si ses craintes étaient mal fondées, s'ingérer si l'affaire était de nature à comporter ses soins.
Mais, lorsque le fiacre stoppa devant la maison des Lahonce, sa curiosité d'amateur fit place tout à fait à l'angoisse. Il gravit l'escalier lentement, haletant à chaque marche, tant l'émotion lui écrasait la poitrine. A l'approche du danger imminent, ses instincts de père, de bourgeois reprenaient le dessus sur sa vanité de maniaque prédiseur; et maintenant, il aurait donné volontiers une somme importante, accompli tous les sacrifices exigés pour que sa fille, son Hélène, son enfant fût indemne et qu'il pût l'embrasser comme chaque jour, comme une femme honnête et maltraitée à tort.
Mais au froncement du sourcil qu'eut Lahonce quand il pénétra dans le salon, à la mine sombre, au visage décoiffé, congestionné de son gendre, M. Brodin pressentit que tout espoir de conciliation était perdu, qu'il fallait se résigner, accepter qu'Hélène eût confirmé ses fatidiques théories; et ce fut d'une main un peu tremblante qu'il prit la main que lui tendait Pierre.
—Comment! s'écriait le jeune homme, vous n'avez donc pas reçu ma lettre?...
—Si! si! fit M. Brodin en s'asseyant. Justement... Excusez-moi... Nous étions tellement inquiets... Je n'ai pas eu la patience d'attendre jusqu'à demain... Voyons, que se passe-t-il?...