—Et, vous ne seriez pas le seul, je vous jure, vous ne seriez pas le premier!...

—Ainsi, interrogea Lahonce ébranlé, ainsi vous me conseillez de pardonner? Mais maintenant, comment reparaître dans le monde, connaissant ce que je connais?... Comment séparer Hélène de ce monsieur?... Comment voulez-vous que j'arrange ma vie?... Cela me paraît impossible...

—Ne vous inquiétez pas, mon ami, fit avec autorité M. Brodin. On vous aidera... Vous partirez en voyage... Vous éloignerez Hélène pendant un certain laps... Affaire de quelques semaines, croyez-moi, de quelques heures de réflexion... J'ajouterai même que si vous vouliez suivre jusqu'au bout mes conseils, savez-vous ce que vous feriez?... Vous me laisseriez la charge de recevoir ce gredin, vous me laisseriez...

Lahonce, outré, se cabra:

—Ah! ça, non, par exemple!... Non, non, jamais de la vie!... Je veux lui faire son affaire moi-même et je la lui ferai proprement, je vous en donne mon billet!...

—Mais, mon pauvre enfant, pleura M. Brodin, mais tout est à recommencer, alors!... C'est comme si nous n'avions rien dit... Vous voulez pardonner d'un côté, et de l'autre vous voulez insulter cet individu, le gifler, vous battre avec lui, est-ce que je sais, moi?... Non, vous n'êtes pas conséquent... Mettons que nous n'avons rien dit... Allez, faites comme vous voudrez!... Déshonorez-nous... Brisez l'avenir de votre fils... C'est cela... Faites du mal, faites des malheurs irréparables, pour le plaisir de lancer un ou deux mots désagréables à un monsieur et de lui flanquer un coup d'épée après!... C'est cela! C'est cela!...

Lahonce abasourdi s'exclama:

—Mais pourtant, sapristi! il me semble que j'ai bien le droit de... il me semble que personne d'autre que moi...

M. Brodin lui saisit la main et ironiquement:

—Oui, oui, mon ami, accordé... Vous avez le droit... Bravo! Parfait!... Ah! vous allez faire de la jolie besogne, un joli scandale!... Je vous en félicite!... Charmant!... Charmant!...