Mme Favierres dormait, et les bruyants soupirs qui scandaient sa respiration régulière, convulsions suprêmes des sanglots étouffés, les longs soupirs qui bruissaient par sa bouche entr'ouverte attestaient la loyauté de son sommeil.

Favierres pourtant se pencha sur elle, voilant de la main l'éclat du bougeoir qu'il portait.

Elle n'était plus cireuse et pâle maintenant sous les serpents des bigoudis, la petite face molle de Mme Favierres; elle était rouge, balafrée de rayures roses, pourpre surtout aux paupières, aux narines qui luisaient comme graissées, polies par les larmes; et sur sa figure, tout à l'heure si laide et ridicule, la souffrance avait mis son charme attendrissant.

Favierres eut un élan subit de remords, de pitié véritable. Il songeait à ce que c'est que de souffrir du cœur, et il plaignait enfin ce mal qu'il connaissait.

«Pauvre femme!... Pauvre malheureuse!... Pourquoi faut-il que les gens se martyrisent les uns les autres?... Pourquoi toutes nos douleurs font-elles d'autres douleurs?»

Il se penchait, s'inclinait plus, poussé par un sentiment de fraternité égoïste, de communion dans le chagrin, et ses lèvres finirent par se poser doucement sur le front moite de sa femme assoupie.

Elle se réveilla à demi, sursauta d'un restant de terreur.

—Hein! quoi! C'est toi?... Qu'est-ce qu'il y a?...

Il la maintenait d'un geste cordial en sa posture de repos:

—Rien, rien... Je t'embrassais... Je te demandais pardon!