Et Favierres gardant le silence, elle poursuivit d'une voix pressante où il n'y avait pas que de la compassion, mais aussi comme un espoir:

—Je t'en prie, dis-moi, dis-moi!... Je ne veux pas que tu souffres... C'est sans doute ces dames, tes amies, ces belles dames, quoi! qui t'ont fait de la peine... C'est sans doute elles qui...

Favierres asséna un coup de poing sur le piano dont les cordes gémirent sourdement.

—Je te défends de dire cela! hurla-t-il. Je te le défends, tu entends... Ces belles dames!... Je t'interdis de me parler jamais de ces choses-là... sur ce ton-là!... Je te défends de parler de ce que tu ignores, de femmes que tu ne connais seulement pas, tu entends, tu entends?...

Il l'avait saisie par le bras, comme une voleuse, et la traînait vers la porte:

—Allons! remonte!... Laisse-moi!... Et tâche de ne plus recommencer!...

Mme Favierres, affolée, obéit, et tandis que le clapotement de ses savates gravissait marche à marche l'escalier, s'éloignait, cessait complètement, le compositeur retourna au piano pour y rallumer sa cigarette éteinte.

Sa main tremblait, manquait la flamme, mais il se sentait tout ragaillardi par ses représailles brutales, tout fier d'avoir vengé du soupçon sa parfaite et irréprochable amie.

Il fuma une seconde, une troisième cigarette, retenu par l'horreur de ce qu'il savait l'attendre là-haut, n'osant monter par peur des scènes, des pleurs, de toute cette douleur sans beauté dont il ne pourrait s'émouvoir.

Mais quand, vers deux heures, épuisé par la fatigue et l'inquiétude, il se décida à regagner la chambre conjugale, tout de suite il fut rassuré.