Un bruit de savates claquantes dans l'escalier, un bruit de savates qui descendaient, lui fit brusquement redresser la tête.

La porte du salon s'ouvrit et sur le seuil parut une chétive forme en chemise blanche: Mme Favierres. Elle tenait à la hauteur de ses yeux éblouis un bougeoir de cuivre, et avec l'ample gaine ballonnée de sa chemise blanche, le fichu brunâtre qui encerclait sa petite figure pâle, bouffie, cireuse, et l'encadrement de ses bigoudis qui se tordaient comme de gros vers noirs au-dessus de son front mou, elle semblait ainsi la personnification de la disgrâce nocturne, elle réalisait toute la laideur sacrilège que vouent impudemment à la Nuit les femmes lassées par l'âge et sans coquetterie.

—Tu ne viens pas te coucher? demanda-t-elle... Voilà un quart d'heure que je t'entends marcher... Tu vas te faire du mal, tu vas attraper froid, mon ami! Tu ne veux pas monter, dis?

Favierres la considérait fixement, comme pour aviver à cette burlesque hideur sa répulsion coutumière.

—Non, je ne monte pas, dit-il enfin... Quand je jugerai à propos de monter, je monterai... Je te prie de me laisser tranquille...

Elle était tout près de lui et haussant davantage son bougeoir:

—Qu'est-ce que tu as donc, mon chéri?... Mais tu as les yeux tout rouges!... Tu as pleuré?... Qu'est-ce qu'il t'est arrivé, dis-moi?... Je t'en prie, mon pauvre chéri, qu'est-ce que tu as?...

Favierres battait le sol du pied, contenait son énervement, sans répondre.

Mme Favierres insista:

—Tu as du chagrin?... Dis-moi ce que c'est!... Je pourrai peut-être te consoler... Tu as de la peine, j'en suis sûre!...