Vers dix heures, les préparatifs étaient achevés. Favierres envoya chercher un fiacre; et avant de monter dedans, sur le seuil de la porte, il saisit dans ses bras Mme Favierres qui se contractait la figure à retenir ses larmes. A cette étreinte, elle éclata en sanglots. De sa main qui l'enlaçait, Favierres lui donnait dans le dos de petites tapes consolatrices comme à un enfant qui pleure, à un chien qui gémit.
—Voyons, voyons, puisque je serai revenu dans trois jours... puisque je te le promets!...
—Non!... non! sanglotait plus fort la petite femme dans d'horribles grimaces... Non! non! Et si j'étais malade?... Et si tu étais malade?... Ah! quelle existence!... Comme je paie cher le pain que je mange!... Comme tu es méchant pour moi!
Favierres fronçait le sourcil en tapotant toujours:
—Allons! allons... Du courage!... Malade! malade!... En voilà des idées!...
Il appliqua un dernier baiser sur les joues mouillées de Mme Favierres, puis sautant résolument dans le fiacre:
—Au revoir... Au revoir!...
Le fiacre s'éloignait, s'engageait dans le boulevard Bineau, et Favierres, en se retournant, aperçut sa femme que la bonne soutenait, ramenait doucement vers la porte comme une vieille dame infirme ou comme une blessée.