Il se sentait mieux, moins abattu que dans le jour, et il était joyeux, d'une joie imprécise, qu'il savourait comme une brute, sans l'analyser, sans chercher à comprendre,—la joie de ne plus espérer et de ne rien attendre.


Le lendemain, la matinée lui parut moins longue. Il réussit à lire un peu. Puis il eut deux distractions: d'abord vers neuf heures, ce fut un bruit de musique aigre qui l'appela à la fenêtre et, au bout de la rue, il vit défiler des uniformes rouges, des soldats écossais en jupe courte, qui se rendaient à la parade, précédés par des fifres aigus et des cornemuses nasillardes.

Ensuite, quelques minutes avant midi, un piano mécanique, dont la manivelle était tournée par une Anglaise vêtue en Italienne, lui offrit une abondante aubade,—des valses, des quadrilles, des mélodies populaires, des chansons à la mode,—un tas d'airs crapuleux et banaux qui, à Paris, l'eussent écœuré, froissé par leur basse laideur, mais qui, dans sa captivité, dans sa détresse indulgente de prisonnier solitaire, lui firent plaisir à écouter, l'amusèrent comme les enfants attroupés autour du piano.

Il songea en déjeunant:

«Je m'abrutis joliment!... Peuh! prenons patience... Elle est peut-être réellement empêchée... Ce n'est peut-être pas sa faute!...»

Et après son café, il ne put résister au désir bestial qui l'envahissait de fumer une cigarette.

Puis il en fuma une seconde, une troisième, une quatrième, sans plus se contenir; et il commença à lire une petite revue où il avait découvert une étude sur son œuvre.

Le critique décrivait avec respect son talent fort et probe, sa carrière noblement menée hors de la réclame et du puffisme.

«Le jeune maître, concluait-il, nous donne ainsi un exemple, trop rare, hélas! d'une vie entièrement vouée au labeur, au culte de l'Art, à l'Idéal, le plus pur et le plus élevé...»