Il regrettait de se rappeler qu'elle existât, de se rappeler qu'il l'oubliait tellement; et il se reprochait enfin de ne lui avoir pas écrit une fois, de l'avoir si inconsciemment, si férocement laissée dans l'inquiétude, de n'avoir pas su lui accorder un petit peu de cette abondance de tendresse et de cette fougue de dévouement dont il était si riche, si généreux pour son amie, pour Mme Lahonce.
«Ah! oui... je ne suis guère chic... Je suis un drôle de cœur... Rien pour l'une, tout pour l'autre... Mais quoi!... Si c'est ma nature!... Si je ne puis être bon qu'en passion, qu'en amour!...»
Et toute la nuit, il rêva de Mme Favierres, il la revit en des cauchemars, comme au jour du départ, appuyée au bras de la domestique qui la soutenait sanglotante.
Le lendemain matin, au réveil, il eut une sensation de terreur en regardant sa montre. L'aiguille marquait huit heures. Il fit des calculs. C'était trois heures au moins, peut-être six, peut-être dix, à vivre encore dans l'angoisse et l'agacement rongeant, dix heures encore de cellule, à la merci des plus faibles bruits, des pas dans l'escalier, des craquements des meubles, qui lui fracassaient sans cesse le cœur de leurs échos mensongers.
Il se leva pourtant, fit sa toilette, les mains molles, maladroites, comme s'il s'apprêtait pour le supplice; puis ce fut Mary, les balayages, les coups de torchon, la poussière, l'entrée de l'air de Londres par les fenêtres ouvertes,—et le thé que servait le maître d'hôtel.
Mais, comme Mary sortait avec ses ustensiles, le maître d'hôtel susurra d'un ton confidentiel:
—Il y a un jeune gentleman qui demande pour le monsieur du niouméro 18.
Favierres le considérait d'un œil ébahi.
—Yes, sir, répéta le maître d'hôtel... Le jeune gentleman est en bas...