Favierres eut comme un pressentiment, un espoir aussitôt refréné, et dit avec flegme:

—C'est bien... Faites-le monter... tout de suite... tout de suite.

La porte se referma. Il y eut des cris dans l'escalier, un gravissement de pas légers. La porte se rouvrait, et un petit garçon, en costume de marin, parut sur le seuil, le regard hésitant, le sourcil froncé de méfiance.

—Charlie! s'écria Favierres.

L'enfant s'était élancé vers lui, sautait sur ses genoux; et Favierres, sans mot dire, l'enserra dans ses bras, se mit à l'embrasser follement, à travers les joues, dans le cou, dans ses fins cheveux blond pâle, comme une femme. Puis il bégaya:

—Charlie... mon bon vieux Charlie... Comment! Tu es ici! Mais comment es-tu venu?... Raconte-moi cela... Raconte vite!

Charlie se débarrassa d'abord de l'étreinte, se coula des bras de Favierres jusqu'à terre, et tout en repassant de la main les plis froissés de sa blouse:

—Eh bien! voilà, dit-il... Voilà, Fav!... Ce matin papa m'a permis d'aller jouer dans le square devant l'hôtel... Parce que, vous savez, papa est malade depuis quatre jours... Il a pris froid avec ce sale brouillard d'ici... Et alors, je ne sortais pas, je m'ennuyais, vous comprenez.

Il s'arrêta pour tirer de sa poche un petit mouchoir bleu ciel et se moucha longuement.

—Alors? questionna d'un ton impatient Favierres.