Puis il donna, d'un ton bougon, presque militaire, ses instructions, le programme des courses à faire:
—Tu iras d'abord à la Lyre moderne et tu y demanderas les épreuves de mon article... Bien!... Ensuite, tu iras chez Merhuaut, l'éditeur, et tu lui diras que je le prie d'activer un peu la réimpression de mon dernier recueil, la réimpression des Cariatides, tu te rappelleras le nom?... Bon! Ensuite, voyons... Ensuite tu passeras à la Société des auteurs et tu y toucheras mon compte. Enfin, si tu as le temps, tu m'achèteras des cravates blanches, car il ne m'en reste plus...
—Mais, mon chéri, protesta Mme Favierres, j'en ai au moins pour jusqu'à sept heures!...
Favierres tapa le sol du pied:
—Jusqu'à sept heures!... Et après?... Si tu en avais pour jusqu'à sept heures!... J'admets!... Non, c'est phénoménal, vraiment!... On dirait que je te demande d'aller au Tonkin... Eh! n'y va pas... J'irai, moi! C'est bien plus simple... J'ai horreur des sacrifices... J'irai... j'irai!...
La petite femme s'excusa en bredouillant:
—Mais non, mon chéri, tu me comprends mal, je t'assure... Je voulais dire...
Favierres l'interrompit sèchement:
—Allons, c'est bien... Soit... Je t'ai mal comprise... Convenu... Tu iras... Et si tu crains de rentrer trop tard, tu n'as qu'à prendre une voiture et à déjeuner plus tôt... Quoi! ce n'est pas une affaire!... Tiens! finis ton ouvrage... Je vais prévenir Sophie...
Et, de l'extrémité du jardin, Mme Favierres l'entendit qui criait à la bonne: