Charlie se retournait et offrait distraitement à baiser sa figure de profil, sa figure qui ne s'intéressait qu'au combat entre la bête et l'homme.

—Allons! Charlie! dit Mme Lahonce... Viens, mon chéri!...

Ils avaient franchi la grille. Favierres ne se risquait pas à prendre la main d'Hélène, à la saisir entre ses doigts, de peur d'un entraînement à ce contact si doux, de quelque élan insurmontable et trop vif dont il eût peut-être attiré son amie tout entière pour l'embrasser soudain, la serrer dans ses bras. Il referma la porte et se dirigeant vers le salon, côte à côte avec Mme Lahonce, il dit, à l'intention de Charlie:

—Oh! ma femme sera désolée de vous avoir manquée... Elle vient de partir pour Paris... Elle sera désolée...

—Ah! fit Hélène d'une voix qui jouait le regret... Madame Favierres n'est pas ici?... Oh! comme c'est ennuyeux!...

Mais Charlie qui sautait en avant, ne les entendait pas, captivé qu'il était par un jeu nouveau, par l'amusement de faire jaillir les cailloux en mitraille, du bout carré de ses larges petits souliers.

Mme Lahonce fixa Favierres d'un long regard sérieux, d'un regard où s'alanguissait frémissante toute la gravité heureuse de sa passion rassurée. Ils stoppèrent un instant à s'examiner, à se contempler, à se couler, de nouveau, au plus profond d'eux-mêmes, la tendre lave immatérielle de leurs regards aimants. Puis Mme Lahonce poussa un grand soupir d'oppression ou de délivrance, et ils se remirent en marche sans rien dire.

Ils arrivaient dans le salon et s'étaient assis sur un divan en reps vert, placé près de la cheminée.

—Dis-moi. Charlie! s'écria Favierres... Veux-tu jouer un peu? Veux-tu aller jouer dans le jardin, hein! mon vieux Charlie?...

—Je veux bien, moi, fit Charlie... Tu veux, maman, dis?...