—Voici... Tous les quinze jours, Nanette, ma vieille nourrice, qui est rentrée chez nous... tous les quinze jours, Nanette te l'amènera sous prétexte que tu lui donnes une leçon de piano, que tu surveilles les leçons qu'on lui donne... J'ai parlé du projet à Charlie, en lui déclarant que décidément tu étais fâché avec son père, que je n'irais plus jamais chez toi... Je lui ai demandé si cela lui plairait de venir te voir de temps en temps, de venir étudier son piano avec toi... Il était ravi... Il en sautait de joie... Quant à Nanette, c'est une brave femme qui m'a nourrie, qui m'aime comme son enfant... Nous n'avons rien à craindre d'elle... Elle fera tout ce que je voudrai et elle se laisserait hacher plutôt que de souffler un mot du secret... Eh bien, mon Fav, es-tu content?...
Favierres la serra contre lui en disant à mi-voix:
—Tu es exquise!... Je t'adore!...
Et le jeudi suivant, à deux heures, Charlie sonnait rue de Chézy, escorté de Nanette, pour prendre avec Favierres sa première leçon.
FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE
SECONDE PARTIE
I
Par ce matin d'avril, tiède, gris et sans soleil, il planait, dans l'avenue des Champs-Elysées, la douce joyeuseté des premières matinées de printemps. Tout semblait discrètement en fête: les bruits, les nuances, les fins parfums de l'atmosphère. Sur le pavé de bois, les voitures roulaient dans un ronronnement continu qui ne s'entendait plus à la longue; et seuls les délicats grelots des bicyclettes ou des carts galopeurs faisaient frémir l'espace de leurs légères sonneries gazouillantes et éparses.