Gilbert sut d'abord gré à Mme Lozières de cette prompte métamorphose.

Elle venait chaque après-midi chez lui, toujours gaie, toujours affectueuse, ne mentionnant jamais ni mari, ni remords, et pleine d'ardeurs complaisantes.

Parfois, tandis qu'il se rhabillait, elle se mettait au piano, vêtue seulement de ses fines lingeries blanches, les cheveux dénoués, retombant en masses d'or sur ses épaules nues, et elle chantait.

Ses doigts effleuraient à peine les touches, les frôlaient comme des cordes de harpe, laissant le dessus à sa voix amoureuse et chaude. Elle chantait des mélodies de Massenet, de Gounod, des airs énervants et sensuels où la tendresse gémit sur le ton des désirs.

Et Mareuil, se recoiffant devant la glace qui la reflétait, pensait:

«Il n'y a pas à dire, elle est charmante!... Quel succès elle aurait ainsi, dans le monde!...»

Pourtant, il n'atteignait pas souvent à ces remarques admiratives, et plus il connaissait Mme Lozières, au contraire, plus il se sentait mécontent et déçu.

Certainement, elle était charmante, tout à fait charmante de corps, d'esprit, d'élégance. Elle causait ingénieusement, drôlement, d'une manière sautillante et comique, aussi bien que Mme Hardouin, sinon mieux. Elle se montrait envers lui une maîtresse dévouée, docile, une maîtresse parfaite.

Mais il fallait, pour l'apprécier, qu'il fût près d'elle, tout près, chez lui, sous l'influence directe de ses caresses, de ses baisers, de sa fraîche beauté.