Ou bien—et c'était pis—il se rappelait son rôle. Il le débitait, il le jouait, comme un rôle de théâtre, avec les lacunes de souvenir qu'on a en scène, ces durs moments où l'on cherche ses mots, la suite de la tirade. Il balbutiait, bafouillait, terminait par une plaisanterie, et toujours il restait agacé de s'entendre réciter ces déclarations vaines, ces théories mensongères, écœuré de toute cette parodie de passion où il s'était si étourdîment contraint.
Il finit par s'effrayer des rendez-vous comme d'un examen à subir. Il ne se décidait à y aller qu'à la dernière minute; et fréquemment il arrivait en retard. Dès le seuil, il apercevait, blottie piteusement en un coin de la chambre, Mme Lozières, gardant encore ses gants, son chapeau, sa voilette, n'ayant osé se dévêtir dans la crainte qu'il ne viendrait pas.
Elle disait simplement:
—Ah! vous n'êtes guère exact!
Et il lisait sur sa figure l'angoisse qu'il avait eue en espérant Mme Hardouin, cette crispation douloureuse que donne, quand on aime, l'attente incertaine et solitaire.
Il avait des regrets, consolait Lucie, se jetait à ses genoux, par raillerie, pour obtenir son pardon; et ces jours-là, il redoublait d'attentions, de tendresse fictive, ne voulant pas qu'elle souffrît comme il avait souffert.
Juillet cependant finissait dans une chaleur lourde. Tout le monde, peu à peu, quittait Paris. Mme Mareuil était allée, comme chaque année, rejoindre son frère à Monneville. Les Brévannes s'installaient pour trois mois à Plouhinec, un trou sauvage de la Bretagne. Mme Lozières hésitait sur le choix d'une villégiature.
Enfin, dans la première quinzaine d'août, elle apprit à Gilbert que son mari avait loué une villa à Saint-Germain.
Elle pleurait presque à l'idée de la séparation.