Mareuil répondit:

—Non, ce n'est pas ce que vous imaginez!... Je vous ai raconté la vérité ... Un autre aurait eu moins d'égards, aurait craint le ridicule!... Moi, j'ai préféré courir ce risque!... Reconnaissez que c'est plus honnête ... plus loyal!...

Elle s'exclama d'un ton incrédule encore:

—Oui, oui!... C'est loyal!... C'est très loyal!

Pourtant, sur sa figure dépitée et pensive, Mareuil démêlait qu'à la rigueur elle se fût certainement accommodée d'un petit peu moins de loyauté. Et ils marchaient, en silence, tout embarrassés, n'ayant plus rien à se dire, puisque le principal intérêt de l'entrevue avait disparu, puisque l'affaire qui motivait leur rendez-vous se trouvait manquée,—puisqu'il était irrévocablement établi qu'ils ne se dévêtiraient jamais l'un devant l'autre et qu'ils redevenaient, du coup, les étrangers cérémonieux de la veille: un monsieur et une dame qui iraient séparément dans la vie, comme avant, sans intimité, sans tendresse communes, sans échanger davantage que des saluts mondains, des phrases de bienvenue convenables.

Ils atteignaient la place des Ternes, et tous deux, instinctivement, levèrent les yeux vers l'Arc de Triomphe, dont la noire masse éléphantine se dressait au haut de l'avenue, dans la nuit tombante—vers l'immense borne de pierre encerclée de lumières, où se terminerait enfin cette pénible promenade.

—Voici l'instant des adieux! fit Mme Béatry d'un ton narquois.

Mareuil corrigea:

—Dites des au-revoir!... Car vous ne me gardez pas rancune, n'est-ce pas?

Elle répliqua en s'efforçant de railler: