—Oui, mon gros, répondait invariablement Angèle.

L'interpellée n'était autre qu'Angèle de Cérans, la jeune brune, basse sur jambes, avec une tête de garçon, qu'un jour, à l'Hippique, Gendrey avait recommandée à l'admiration de Mareuil.

Depuis trois semaines environ, le Grand-Cob en avait acquis la propriété presque exclusive, selon des conventions tacites qui les unissaient ensemble jusqu'à l'automne. Un luxe qu'il s'était payé, cette gamine maussade, comme on se paie une voiture au mois, un tableau, un voyage—à la suite d'une veine fructueuse à Monte-Carlo, quarante mille francs raflés en deux soirs, puis vite rapportés à Paris. Et, dès ce moment, ç'avait été une série incessante de prodigalités habilement dispensées, un déménagement rue du Helder, dans un vaste appartement-atelier,—des dîners fins, aux cabarets en vogue, avec le ménage Brévannes,—des soupers, à la sortie des premières, où l'on conviait les hommes d'esprit attitrés,—une combinaison savante de divertissements inédits où s'affirmait devant Angèle, ravie, la supériorité des gens de presse sur les fades gens du monde délaissés.

Cependant le Grand-Cob voulait davantage, une manifestation solennelle dont tout Paris serait bouleversé, et qui mettrait définitivement Angèle au premier plan de la haute galanterie.

Un soir, enfin, au début de mai, il annonça chez Brévannes qu'il avait trouvé:

—Oui, j'ai trouvé!... Une idée à la Newton!... Je vous la donne en mille!

Personne ne répliquait.

—Eh bien! voici!... Je vais organiser rue du Helder un dîner de la Jeune Génération. Pas de femmes au-dessus de trente ans ... ce que nous avons de plus ingénu, de plus neuf!... C'est une idée, ça, hein?

La bande applaudissait sans réserves.

—Attendez!... Je n'ai pas tout dit ... Ce dîner aura lieu le 24, le jour de la Sainte-Angèle, de façon que la réclame serve un peu à la petite ... Voyons, Angelot, ça te va-t-il?