Mme Honoré, la concierge de la rue Fortuny, une petite vieille active, quoique un peu romanesque, était armée des instructions les plus sévères; et chaque fois que Mareuil se montrait dans la loge, elle les lui récitait en témoignage de zèle:

—Quand la dame blonde est en haut, je ne laisse pas monter la dame brune!... Quand la dame brune est en haut, je ne laisse pas monter la dame blonde!... Oh! Monsieur peut être tranquille!

Mareuil, en effet, avait dû consentir à recevoir chez lui Rabastens, pour éviter, avec l'ami en chef, des conflits d'attributions, toujours imminents, au petit hôtel du boulevard Malesherbes.

C'était à la suite d'une survenue tout imprévue de ce monsieur, que les rendez-vous dans l'entresol avaient été inaugurés.

Mareuil, ce jour-là, voulait rompre, dire ses adieux à Ninette. Mais elle avait tant pleuré, tant supplié qu'il s'était décidé à lui accorder ses entrées rue Fortuny, à la faire alterner avec Mme Lozières. Et cette combinaison qui, jadis, lui eût paru un odieux compromis, un vrai crime de lèse-liaison, lui paraissait, au contraire, à présent la moins cruelle, la plus charitable. D'ailleurs, il ne s'était pas donné, pour l'adopter, la peine de beaucoup réfléchir. Il y était venu spontanément, comme au meilleur moyen de ne pas affliger deux personnes envers qui il avait de la gratitude, des sentiments d'affection presque égaux sinon pareils; et le fait de les trahir l'une et l'autre, de les accueillir, l'une après l'autre, dans le même lit, ne le choquait pas, ne lui suggérait aucun scrupule, puisque, à son avis, ces rendez-vous se réduisaient à des actes vulgaires et sans importance, en dehors de la passion, en dehors de l'amour.

Il n'avait pas, au surplus, modifié son existence de labeur, diminué le temps réservé à son travail.

Il consacrait à ses visites, rue Fortuny, trois après-midi par semaine, quatre au maximum, et il s'arrangeait, en conscience, de manière à les répartir équitablement.

Cependant, il avait quelque préférence pour Rabastens, qui, sachant sa liaison, et se résignant au partage, le dispensait de s'ingénier, de mentir. Et puis il la préférait d'une façon particulière, avec une sorte d'apitoiement, à cause de ce qu'elle avait souffert. Elle était comme sa malade, celle qu'un rien blesse, celle qu'il faut distraire et ménager. Tout ce qu'elle demandait, il y accédait, sauf lorsqu'il craignait que cela pût produire du scandale, revenir aux oreilles de Mme Lozières.

Ainsi, il avait, à plusieurs reprises, accepté de dîner en compagnie de Ninette, chez Brévannes, chez Gendrey. C'étaient des dîners clandestins, sans nul invité que Charleval: et ensuite, on ne sortait pas, on restait au salon à fumer, tandis que les femmes bavardaient, réunies ensemble ou bien assises sur les genoux de leurs maîtres respectifs. Le Grand-Cob, de loin, apostrophait Mareuil, que Rabastens embrassait.