Et la sonnerie continuait de vibrer, assourdissante, scandant de ses fusées injurieuses les sanglots de Mme Lozières qui baissaient à mesure, se faisaient plus lents, plus étouffés.

«Elle est enragée, cette Rabastens! songeait Mareuil. On n'a pas idée de sonner aussi fort!»

C'était vers cette sonnerie que se tendaient toutes les forces de sa pensée, vers cette sonnerie fascinante et diabolique qui tintait à ses oreilles comme un aigre tocsin; et il pressentait que tant qu'elle s'obstinerait, tant qu'elle frémirait, le choc éludé serait à redouter, réalisable encore.

Enfin elle cessa. Une minute, deux minutes, trois minutes s'écoulèrent. Rabastens, vraisemblablement, renonçait, quittait la place.

Mme Lozières s'était redressée, et en s'essuyant les yeux, de son mouchoir tassé en tampon, elle parlait d'une voix sourde, d'une voix qui ne s'adressait pas à Mareuil:

—Vous me trompiez, vous!... Vous!... C'est incroyable! Oui, je me doutais, je vous soupçonnais quelquefois ... Je n'étais pas tranquille!... Cependant je n'aurais jamais cru!... Et ici, dans cet appartement, dans cette chambre, dans ce lit!... C'est trop affreux!

Elle avait des mouvements de mains désespérés, des revers de mains comme pour effacer ce qu'elle venait d'apprendre, ce qui était l'acte ineffaçable désormais.

Elle poursuivit de la même voix meurtrie:

—Encore, m'avoir trompée avec cette femme ce serait peu!... Mais vous m'avez doublement trompée! Vous m'avez trompée sur vous-même, sur vos sentiments, sur votre caractère!... C'est cela qui est indigne! C'est cela qui est impardonnable!

Mareuil se promenait, en silence, à travers le cabinet de toilette.