—Mais si, Monsieur! A la fin, elle m'a demandé de quoi écrire, un crayon, et elle a écrit une lettre à Monsieur, ici, dans la loge ...

Mme Honoré fouilla au fond d'un tiroir et en retira, de dessous une pile de mouchoirs, la lettre cachottièrement enfouie:

—Tenez, monsieur, la voici!

Mareuil prit le papier:

—Merci!... Je vais probablement aller à la campagne durant une ou deux semaines ... Vous aurez soin de tout, n'est-ce pas?...

Il franchit la porte cochère, et, sitôt dehors, il ouvrit l'enveloppe. Rabastens écrivait:

«Mon chéri,

C'est craqué et rompu. Quand c'est mon jour, je n'aime pas qu'on en reçoive d'autres. Je t'ai entendu te disputer avec ta bonne amie. Pardonne-moi d'avoir tant sonné. Mais c'était mon jour! Je télégraphie à la Grenadinette pour dire que mon patron m'emmène avec lui à Vichy. Tu diras la même chose, si tu veux. Au revoir, mon petit Gillot. Après tout, tu n'as pas à te chagriner, pas plus que moi je ne me chagrine. Je peux te le confier aujourd'hui. Voilà bien quinze jours que ça ne me faisait plus rien au cœur de venir,—que je ne venais plus que pour la régalade du corps. Au revoir, mon chéri, et on se saluera gentiment quand on se reverra!!!

Tout mon restant de baisers.

Ninette.»

Mareuil déchira le billet en haussant les épaules; puis, d'un pas pesant, il s'achemina vers l'avenue de Villiers.

Il ressentait une grande fatigue, un accablement physique et moral, l'esprit brouillé, exténué par les cahots de cette surprise, de ces adieux,—cette accumulation d'événements dramatiques qui l'avaient, d'un coup, ramené au temps de Jack, aux plus cruelles émotions de son existence; et pardessus le souci de se savoir seul, sans maîtresse, obligé à des essais nouveaux, traînait en lui comme l'ombre d'un remords—le souvenir de Lucie pleurant entre ses bras, l'image de Mme Lozières, sur l'escalier, appuyée à la rampe, dans sa pose douloureuse de femme abandonnée.

XIII