Il éprouvait l'oppression d'un lourd malaise de regret. Il lui semblait qu'il venait de trahir quelqu'un, de manquer à son amour. Il aurait souhaité de retirer à Brévannes le nom de son amie, d'effacer de sa mémoire ces deux syllabes mystérieuses et sacrées, de les lui reprendre comme un bien mal acquis, quitte à continuer de souffrir, à perdre tout espoir de délivrance.
Il s'ingénia à inventer des occupations factices, des courses à accomplir, pour gagner le moment du dîner. Il se traîna, maussade et désœuvré, dans des cafés, chez des fournisseurs. Enfin, la nuit tomba, et il regravit l'escalier des Brévannes.
A son entrée dans l'antichambre, il aperçut plusieurs chapeaux d'hommes, des paletots accrochés aux patères; et sa figure se rembrunit.
—Il y a du monde?
—Non, monsieur, fit la bonne. M. Gendrey qui dîne et M. Labernerie et M. Charleval.
—Rien que ça!
Il grogna: «J'aurais dû m'en douter. Juste ceux-là!... Quelle guigne!» Et il composa vite sa physionomie, s'efforçant d'y faire monter quelque chose comme un sourire, afin de n'avoir pas l'air trop infortuné, trop Soif-d'Amour, devant les convives de Brévannes.
Mais, malgré lui, en ouvrant la porte du salon, il eut un instinctif mouvement de recul, cette timidité subite que donne l'antipathie.
Au milieu de la pièce, Brévannes assis en un vaste fauteuil, tolérait sur ses genoux la présence d'Henriette, qui l'embrassait encore dans le cou, à croire qu'elle n'avait pas cessé, depuis le départ de Mareuil.