—Moi ... je suis ... je suis une horreur!... Seulement, toi, toi, tu es tout de même ...
Une montée de larmes l'étranglait. Elle se tut, se mit à ramasser les effets dispersés, en silence.
Mareuil, accoté à la fenêtre, la regardait, les yeux égarés, comme un assassin devant sa victime, avec ce sillage de tremblement intérieur que laisse après elle la colère:
«C'est du propre ce que j'ai fait! Oui, ce n'est pas à moitié goujat!»
Il aurait souhaité qu'elle l'injuriât, qu'elle le lacérât à coups d'ongles, qu'un homme surgît pour la venger. Même au paroxysme de sa fureur d'impuissant, même au moment où l'autre Mareuil torturé, où les images de Mme Béatry insultée, de Mme Lozières abattue et gémissante lui semblaient crier revanche, même à ce moment il n'avait pas voulu Jack si bas, si humiliée. Et maintenant, dans un revirement attendri, il oubliait tous ses méfaits, tous ses ravages; il n'était plus sensible qu'à ce spectacle choquant, qu'à ce spectacle lamentable d'une femme sans défense, se traînant sur les genoux ou bien accroupie comme une glaneuse, la tête échevelée et presque contre terre, pour réunir ses vêtements épars.
Enfin, il supplia en se courbant:
—Tu permets que je t'aide?
Elle eut un brusque mouvement de répulsion.
—Ne me touchez pas!... Je vous interdis de me toucher!... Vous n'êtes qu'un misérable!
Elle s'était relevée, se rhabillait hâtivement, rattachant les nœuds, ragrafant les agrafes, avec une prestesse inconsciente, toute d'habitude, aussi vite qu'elle se fût dévêtue; et Mareuil qui observait ces doigts expérimentés, cette agilité symptomatique, sentait diminuer ses remords, sa commisération.