—Voyons! disait Labernerie ... Voyons, qu'est-ce que vous avez eu?... Qu'est-ce que veut dire ce raté de ce matin, ce retard de ce soir!... Une femme, hé?...
Mareuil acquiesça d'un hochement de tête.
—Ah!... Ça, c'est sacré! reprit indulgemment Labernerie ... Ça, j'excuse!... D'ailleurs, je n'y ai pas grand mérite ... J'ai occupé ma journée comme vous!...
«Comme moi!» songeait mélancoliquement Mareuil; et d'un ton de sympathie courtoise il répondit:
—Ah! Bonne journée? Vous êtes satisfait?
—Une journée délicieuse! Une petite chérie exquise, mon cher!... Vous n'avez pas idée de ce qu'on peut trouver à Paris et en plein mois d'août encore ... C'est renversant!
Il se perdit dans des développements au sujet de cette amie de passade, de l'injustice immotivée qui retient certaines femmes dans des situations subalternes, de l'approvisionnement excellent de la maison où il avait connu la charmante dame en question.
Mareuil, par lassitude, affectait de la curiosité, demandait des renseignements minutieux.
Mais, après Orléans, le critique se renfonça dans un coin, ferma les paupières, s'assoupit. Il soufflait en dormant, d'une respiration de monstre fatigué, et sa grosse tête barbue roulait sur sa poitrine bombée, au rythme des cahots.
«Une journée délicieuse!... Une journée délicieuse!» se répétait railleusement Mareuil qui comparait avec sa journée à lui, avec ces imprécations, ces viles injures, cette scène odieuse où s'était anéantie la dernière de ses espérances. «Une journée délicieuse!» La vue de ce Labernerie, la vue de ce sommeil bienheureux et repu, l'indisposait, lui semblait un défi à sa tristesse, l'irritait à la longue.