Alors il s'accouda à une des petites fenêtres étroites du wagon, et, jusqu'à Blois, il ne se retourna plus, il resta à contempler à travers la vitre les paysages reposants de la Beauce, de la Touraine, ces belles régions fertiles étendant au loin dans la nuit leurs platitudes indéfinies de déserts noirs.

XIV

A la Grenadinette, la vie était monotone et laborieuse.

Au début de leur séjour, les hôtes de Charleval avaient visité les châteaux environnants, poussé même jusqu'à la lointaine excursion d'Amboise; et maintenant, ils s'en tenaient à des mœurs sédentaires, à de courtes promenades hors de la Grenadinette, dans la forêt avoisinante, le long des larges routes aux carrefours à croix blanches, ou bien sous la futaie, parmi les arbres séculaires, chaussés de mousse.

Le reste du temps, excepté les réunions indispensables, lors des heures du repas, les ménages vivaient plutôt isolément.

Henriette dirigeait les soins du ménage, de la cuisine. Angèle était constamment accaparée par le Grand Cob, auquel l'approche de l'automne, de la séparation, inspirait des ardeurs avares, l'appétit des goulus pour le plat près de finir.

Charleval triturait deux pièces nouvelles. Labernerie se préparait, par des lectures, une opinion inébranlable sur les dramaturges suédois et sur Shakespeare, en vue de la saison d'hiver. Brévannes amorçait le second acte de Gens de Presse.

Mareuil, en cette ruche active, se trouvait donc le seul à ne point travailler; et pendant la première semaine, il s'accommoda, sans déplaisir, de cette oisiveté, des longs instants de solitude qu'elle lui procurait.

Le matin d'abord, cela lui était un enchantement, chaque jour renouvelé, que de se lever, de courir à la fenêtre, et d'apercevoir à ses pieds presque, au ras du petit jardin, entre les maigres arbres disséminés, la Loire, la majestueuse, l'immense Loire, toute basse, dépourvue d'eau par les chaleurs, et qui ne semblait pas couler, mais s'allonger, s'étaler nonchalamment telle qu'une mer paisible et puissante.